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Le mois de janvier s'est achevé par un week end sombre à propos duquel nous avons mis un peu de temps à écrire. 

 

Tout d'abord le samedi après midi, après l'umuganda (chaque dernier samedi du mois, les villageois se retrouvent pour des travaux collectifs), une tempête s'est soudainement levée. Le vents tempétueux étaient de plus en plus forts et tourbillonnaient. Je me décidais d'aller prendre une jaquette pour ne pas prendre froid. Lorsque je me trouvais dans l'escalier face à la chapelle en contre-bas, j'ai assisté à une scène spectaculaire : le toit de la chapelle s'est arraché en un morceau et s'est littéralement envolé pour se poser quelques mètres plus loin.

Nous nous sommes alors tous réfugiés dans la même chambre et nous avons commencé à chanter pour oublier l'effroi et calmer les enfants. Heureusement la tempête s'est vite calmée.

 

Habituellement, le samedi à cette heure, 80 enfants du groupe des Bâtisseurs de Ponts pour la Paix se trouvent à l'intérieur de l'édifice. Mais ce jour-là, exceptionnellement les animateurs les avaient emmenés en salle de conférence pour leur projeter un film.

Pour notre petite Charline, impossible de comprendre dorénavant, qu'en cas de pluie nous sommes à l'abri dans la maison. Paniquée, elle imagine à chaque fois que le toit va s'envoler... 

 

Le choc du samedi s'est très vite dissipé le dimanche pour faire place à un épisode plus tragique. Sans doute fragilisé par la tempête, un poteau électrique s'est effondré sur la place du village au passage d'un bus. Un jeune garçon de 10 ans, Simon-Pierre, voulait sauver son sac de pommes-de-terre. Il a été lourdement frappé à la tête.

Dans ce genre de situation, les hommes du village partent chercher la "civière de secours" en osier et transportent le blessé au centre de santé, duquel il est transféré en ambulance jusqu'en ville. Autant dire que le temps de transfert est extrêmement long.

Ce jour-là, nous passions près de la place avec notre véhicule quelques minutes après l'accident. Arrêtés par les villageois, nous avons immédiatement décidé de prendre l'enfant dans notre voiture. Marie-Françoise et les filles ont laissé leur place au blessé et aux trois hommes lui portant secours. Son état  laissait présager peu d'espoir. Nous avons roulé aussi vite que possible, tout en veillant à ne pas trop secouer le jeune garçon. Malheureusement, quelques mètres avant l'hôpital, le petit Simon-Pierre rendait son dernier souffle.

Son papa nous a rejoint une heure plus tard. Son fils était parti seul pour essayer de vendre ses pommes-de-terre au marché. Seul garçon après sept soeurs, il laissait son père dans un grand désarroi. J'assistais impuissant à la douleur de ce père, en pensant à l'absurdité de cet accident.

En déposant le papa devant sa maison, je demandais au jeune Joseph qui était avec nous et parlait anglais, de lui dire toute ma compassion et ma prière. Le père m'a alors répondu : "si tu veux prier, viens chez moi, nous allons le faire ensemble".

Intimidé, j'entrais dans une petite maison de fortune, de terre et de paille. Les amis, les voisins et la famille étaient tous réunis, agglutinés dans un espace sombre. On m'a présenté la maman qui s'est assise auprès de moi. Elle m'a tenu les mains et nous avons prié. Le papa entrainait tout le monde dans une litanie à laquelle je ne comprenais rien. Je sentais une telle tension et en même temps une telle force auprès de moi. Après la prière, j'ai demandé à Joseph de préciser à la mère qui j'étais et ce qui s'était passé. C'est alors que nous avons compris qu'elle pensait que c'était moi qui avait causé l'accident! La tension est tombée comme si nous avions changé la lumière dans la pièce. Je restais néanmoins sans voix, de voir cette mère capable de prier et de tenir les mains d'un étranger qui aurait pu être l'auteur de ce funeste accident.

Le lendemain matin, sachant que je redescendrai à Musanze pour emmener les enfants à l'école, la famille m'a demandé s'ils pouvaient profiter du lift pour récupérer le corps. Je leur proposais de les accompagner pour toutes les démarches.

A l'hôpital, j'ai mis longtemps à comprendre qu'il manquait 10'000 RWF (12 CHF) au papa, pour pouvoir retirer le corps de la morgue. Il ne voulait pas abuser de ma bonté. Je les lui donnais et enfin nous retrouvions le corps du petit Simon-Pierre. Pas de pompe funèbre, pas de baume, pas de vêtement funéraire, pas de fleur. Juste un corps allongé sur du béton. Nous partîmes chercher du parfum, des fleurs et un cercueil. Le papa arrangea au mieux son fils tout en cherchant la force de ramener le corps à sa mère.

Chaque moment était pesé. Chaque mouvement prenait beaucoup de temps, comme si chaque geste soulevait un poids d'une lourdeur incommensurable.

Nous finissions par charger le cercueil dans ma voiture et reprenions la route du village. Le papa était très reconnaissant. D'ordinaire, ils remontent le cercueil à dos d'homme, se relayant durant les 5 heures de trajet à pied nécessaires pour ramener le corps au village..  A notre arrivée, je ne trouvais pas la force d'entrer dans la maison pour assister aux adieux de la mère à son fils. Je restais dans la voiture, sans mot, sans pensée, vide.

Une heure plus tard, nous sommes repartis pour l'église; sur la route je voyais des foules de gens qui rejoignaient le cortège. Pas de faire-part et pas de délai, pourtant l'église était pleine, moins de 24 heures après le drame.

J'ai assisté au même rite que pour le petit Pacifique dont j'avais déjà fait un article en octobre. Ils étaient les deux dans la même classe.

Une fois de plus, ce qui m'a le plus marqué, c'est la manière d'enterrer le corps. Juste après l'absout, tous les villageois se rassemblent dans le jardin de la famille, au milieu des bananiers et des haricots. Les femmes forment un grand cercle et chantent des hymnes, pendant que les hommes se relaient pour refermer la tombe. Dos au trou, ils bêchent en rythme, comme s'ils travaillaient la terre, leur propre jardin. Une fois la tombe remplie et la butte érigée, les femmes prennent le relai et plantent immédiatement des fleurs et des herbes.

 

Les bêches, la terre, les chants, les fleurs, la sueur, la solidarité... L'homme bêche et la femme chante, tous deux dessinent leur destinée : être debout devant la mort avec cette graine de divin qui habite leur humanité.

 

J'aimerais rendre ici hommage à Simon-Pierre ainsi qu'à tous les habitants de cette colline qui nous apprennent à vivre plus vivant. 

 

 

 

 

 

 

 

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Marie-Françoise et Damien Clerc

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